lundi 30 août 2010

Aki basho 2010 : mouvements dans le banzuke

Après les suspensions massives du Nagoya basho et les déclarations préalables de la NSK, on s’attendait à un banzuke largement remanié et inédit. A ce titre, le banzuke paru aujourd’hui ne surprend pas.
  • Le sort des anciens bannis
Nagoya bashoAki bashoDifférence
KotomitsukiO-O2LicenciéOn ne peut plus grande.
GôeidôE-M4E-J1-14
ToyonoshimaE-M5O-J1-13
MiyabiyamaO-M5E-J2-14
ToyohibikiO-M6O-J3-14
WakakôyûE-M8E-J6-15
OkinoumiO-M14E-J8-11
DaidôO-J2O-Ms1-13
KiyoseumiO-J4O-Ms4-14
ChiyohakuhôO-J6O-Ms5-13
KasuganishikiO-J10O-Ms10-14

Comme annoncé par la NSK, tous les rikishi impliqués dans les paris illégaux et placés sous kinshin sont rétrogradés en division inférieures. Il s’agit de six rikishi de division makuuchi qui descendent en division jûryô et de quatre rikishi de division jûryô qui descendent en division makushita.
Toyonoshima (Tokitsukaze, O-J1), qui fut sekiwake et n’a plus revu la division jûryô depuis 5 ans, a commenté le banzuke tout juste sorti des presses avec une pointe d’amertume : "Mon nom est écrit en caractères plus petits.". Mais là n’est pas le plus important, il le sait : "Je suis vraiment content de pouvoir continuer à combattre. Quand je pense à ce qui est arrivé à Kotomitsuki, je suis reconnaissant de pouvoir remonter sur un dohyô.". Pendant son kinshin, sa sœur cadette mi-juillet et sa sœur aînée début août ont toutes deux donné naissance à un garçon : "Mes sœurs ont été courageuses alors je dois l’être aussi. Je veux remporter le yûshô et remonter en makuuchi dès le prochain tournoi.".
Après Daiju (大受) au Natsu basho 1977, Miyabiyama (Musashigawa, E-J2) est le deuxième rikishi à avoir été ôzeki et qui retombe en division jûryô : "Psychologiquement c’est pénible mais je vais tenir bon en gardant en tête que je paie les conséquences de mes actes.".
"Je suis toujours en train de réfléchir à ce que j’ai fait." a déclaré Wakakôyû (Ônomatsu, E-J6), dont la moitié de la heya est impliquée et qui subit la plus forte chute.
On peut rappeler que le sort de Matsutani (Matsugane, E-J11) est entre les mains de la NSK et devrait être connu le 6 septembre. Impliqué dans les paris illégaux, n'ayant pas passé d'aveux spontanés, il est, comme son collègue de heya Wakarikidô, sous la menace d'une sanction pouvant aller jusqu'au licenciement.
  • Les promotions en division makuuchi
    Les neuf promotions ou retours en division makuuchi établissent un record pour l’ère Shôwa (1989-). Mais d’autres inédits et raretés se profilent derrière.
    et un peu surpris
    Kyokunankai heureux
    Kyokunankai, l’un des deux nouveaux promus, est le deuxième plus lent rikishi à atteindre la division suprême : il lui aura fallu 105 tournois depuis ses débuts en mars 1993. Devant lui on trouve Hoshiiwato/星岩涛 et ses 115 tournois. Il est le sixième plus lent rikishi si on tient compte de son parcours depuis son accession à la division jûryô il y a 31 tournois, au Nagoya basho 2005. Sa promotion, obtenue à partir d’une place d’O-J12 et d’un score de 10-5, n’aurait pas été possible sans les circonstances particulières créées par l’affaire des paris illégaux. Aucune promotion n’a eu lieu à partir d’un classement aussi bas. En fait, un makekoshi l’aurait même mis en danger de rétrogradation en makushita, et il le sait : "En cas de makekoshi, je serais descendu alors je n’avais que le kachikoshi en tête. Ma promotion, elle est venue par hasard.". A 32 ans et 8 mois, il est également le quatrième plus vieux rikishi à être promu depuis l’après-guerre. Au Hatsu basho 2008, il était redescendu en makushita mais sa femme attendait leur premier enfant et il n’y était resté qu’un tournoi. Début septembre, leur deuxième enfant, un garçon, doit naître : "La famille va s’agrandir, je dois faire pour le mieux.". Quant à ses débuts en division reine, il ne les appréhende pas trop : "Huit autres personnes ont été promues alors les adversaires ne changeront pas trop.".
    Tosanoumi (Isegahama, O-M16), qui lui retrouve la division après huit tournois d’une position d’O-J7 et un score de 8-7, a 38 ans et 6 mois et devient le plus vieux rikishi de l’ère Shôwa à faire un tel retour : "Je n’ai rien fait de mal mais je me sens un peu fautif quand même. Je me demande si ce record est une bonne chose.". Promotion qui le laisse partagé, mais n’est pas sans une pointe de fierté, celle d’avoir obtenu son kachikoshi le dernier jour : "Je me suis battu jusqu’au dernier jour, et voilà le résultat.". Et puis en avril, son premier enfant, une fille, est né : "Mon objectif est de rester dans la course. Je dois pouvoir subvenir aux besoins de ma fille.".
    A 36 ans, classé E-J11 et auteur d’un 8-7 au Nagoya basho, Toyozakura (Michinoku, E-M17) est aussi de ces vétérans dont le retour était plus qu’improbable. Depuis l’établissement du système à quinze journées en 1949, il est le rikishi le plus mal classé à être promu avec ce score.
    Sôkokurai et Arashio oyakata
    Sôkokurai (Arashio, O-M13), l’autre nouveau promu, inscrit aussi son nom dans l’histoire du sumô mais d’une autre façon : il est le premier Chinois à accéder à la division makuuchi. "Rien ne peut me rendre plus heureux que cette promotion parce qu’elle me permet de rester dans l’histoire.". Depuis ses débuts à l’Aki basho 2003, il lui aura fallu 42 tournois pour en arriver là et il se place en septième position parmi les étrangers. On l’attendait un peu plus tôt : "Sept ans, ça a été un peu long peut-être. J'ai atteint un de mes objectifs.". Arrivé au Japon avec l'expérience de la lutte mongole, il a eu du mal à prendre du poids : "Au début je ne pouvais même pas avaler un bol de riz. Je le mélangeais avec du lait.". Il est en fait originaire de la province autonome de Mongolie intérieure ("J’ai envie de combattre mes aînés mongols.") et est né dans une famille d'éleveurs de montons, bovins, chameaux et a vécu sous la yourte. A sept ans, il a commencé la lutte mongole avant de passer à la lutte à 14 ans. Il a été remarqué par Arashio oyakata venu en Chine pour recruter de nouveaux élèves. Pour l'oyakata, qui a repris en main la heya en 2002, c'est la premier de ses rikishi qui accède à la division supérieure et il ne cache pas sa joie : "Pour ce tournoi, je veux qu'il obtienne coûte que coûte le kachikoshi et qu'ensuite il devienne un rikishi capable de monter jusqu'aux meilleures places et de combattre le yokozuna et les ôzeki.".
    • Les nouveaux sekiwake
    Tochiôzan
    Tochiôzan (Kasugano, O-S) était classé E-M1 et a fini avec neuf victoires au Nagoya basho. Il a battu au passage les ôzeki Baruto et Harumafuji. Il fera donc ses débuts de sekiwake sans repasser par la case komusubi : "Au-dessus, il n’y a que les ôzeki et le yokozuna. C’est une position à responsabilités. J’en suis conscient et je veux montrer un bon sumô.". Il est le deuxième japonais de ce banzuke, après l'ôzeki Kaiô, qui est en situation de kadoban. Ses deux tournois en tant que komusubi se sont soldés par un makekoshi et son maître Kasugano oyakata ne l’oublie pas : "Sekiwake et komusubi, c’est différent. Il ne faudra pas être timide, même face au yokozuna. Il est une des étoiles japonaises sur qui on compte, il va devoir donner tout ce qu’il a. Il s’est stabilisé sur le plan psychologique.". Tochiôzan a un peu piétiné depuis son arrivée en makuuchi il y a plus de trois ans, mais il est motivé : "Je veux battre même le yokozuna.".
    Aran et Mihogaseki oyakata
    L’autre sekiwake fera aussi ses débuts à ce rang et ne sera pas non plus passé par la case komusubi : le russe Aran (Mihogaseki, E-S) est champion du monde amateur en toutes catégories et a fait ses débuts de professionnel il a trois ans et demi. Son maître Mihogaseki oyakata, ancien ôzeki Masuiyama/増位山, dit de lui : "Il a toujours été puissant. Dernièrement il adapté sa puissance au sumô et arrive à bousculer ses adversaires. Avec l’expérience il a développé un sumô porté vers l’avant.". C’est le premier sekiwake de cette heya fondée en 1984 et Mihogaseki oyakata est confiant : "Il a encore de la marge. Je veux qu'il dépasse son maître.". Aran a mis 22 tournois pour parvenir au rang de sekiwake. Deux de moins que Hakuhô. "Je suis très heureux. Mon sumô avance mieux. Je veux avant tout obtenir le kachikoshi.".



    Hakuhô bientôt en librairie
    De son côté, le yokozuna Hakuhô, actuellement troisième au nombre de victoires consécutives (47), court après Chiyonofuji et ses 53 victoires (possible dès le sixième jour). Il pourrait également remporter son quatrième zenshô yûshô consécutif : "Si je commence à penser aux yûshô, aux séries de victoires, je vais me perdre. Mon objectif c'est de faire pour le mieux, comme à chaque tournoi.". Devant ce banzuke particulier il déclare : "On s'y attendait, mais ça surprend quand même.". Bien qu'il n'ait pas été directement impliqué ni sanctionné, il sait que ce tournoi ne sera pas tout à fait comme les autres : "Ce sera un nouveau départ. Moi aussi je vais m'appliquer à être un yokozuna digne de ce rang. Pour certaines choses, les mots ne suffisent pas et pour regagner la confiance on ne peut compter que sur ce que l'on fait sur le dohyô.".
    Le yokozuna a profité de la traditionnelle conférence de presse pour présenter sa biographie "Sumô yo !" (相撲よ!) qui paraîtra le 8 septembre.

    Rappel des promotions en division jûryô

    Sanspo, Jijicom, Mainichi